Quand maman craque (ou le théorème de la carte de fidélité)

Dernièrement, je me suis surprise à perdre régulièrement patience avec les filles, et à avoir des réactions ou des façons de faire que j’arrive généralement à éviter (pour ne pas les citer : crier, menacer…).

La première grosse explosion a eu lieu il y a quelques semaines, alors que le salon était envahis de jouets que je n’en finissais plus de ranger.
Après avoir demandé de plusieurs façons aux filles qu’elles en fassent une partie, sans aucun succès autre qu’une absence totale de réponse ou un franc « J’ai pas envie », j’ai fini par craquer.
Je me suis vue menacer de prendre un grand sac poubelle pour y mettre tout ce qui traînait par terre, tant je n’en pouvais plus de devoir constamment faire attention à ne pas marcher sur un lego ou autre jouet mortel pour la plante des pieds.

Et là encore ce n’est rien, le rangement avait déjà bien avancé…

Bon, on ne va pas cacher que la menace a eu de l’effet sur le moment, mais l’ambiance rangement au milieu des pleurs et des cris c’est pas vraiment l’idéal pour transmettre des valeurs…
Et je ne vous raconte même pas le reste de la soirée (spoiler : c’était une longue suite de récrimination et de plaintes).

Quand la coupe est pleine

Revenons un peu en arrière sur ma semaine :
– Lundi, ma cheffe me fait une remarque pas super sympa (et pas vraiment méritée à mon avis) sur mon boulot. C’est ma cheffe, je prends sur moi.
– Mardi, miss J refuse de manger ce que j’ai cuisiné, elle veut des pâtes, et rien d’autre !
– Mercredi, je demande aux filles de ranger un peu parce que ça commence à s’étaler : 0 réactions.
– [insérer une frustration de la semaine où vous avez pris sur vous/ était incapable de réagir]

Et le semaine se déroule alors que je tamponne allégrement ma « carte de fidélité » :

Le dessin utilisé en dernière case est de Haddad, il illustrait un article du courrier international : https://www.courrierinternational.com/dessin/2011/01/28/le-syndrome-de-la-cocotte-minute

Sa carte de fidélité, on ne la tamponne pas forcément que pour les « gros » trucs, même les petites frustrations finissent par s’accumuler.
Si on n’en prend pas conscience et qu’on ne fait pas ce qu’il faut pour relâcher la pression, on finit par arriver à l’explosion : c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la colère.
Et là, bonjour la réaction disproportionnée ! Voilà qu’on se retrouve à mettre des coups de pieds dans les jouets et à hurler sur ses enfants. Alors que bon, franchement, personne n’est mort (enfin à part ma plante de pied).

Et pas la peine de se leurrer, même si nos enfants ne sont pas la cause de toutes nos frustrations accumulées, ils sont en général les 1ères victimes de l’explosion.
Ben oui, il est quand même rare qu’on se permette de hurler soudain sur sa cheffe…

De l’importance de s’écouter

Ce que je pense qu’il faut retenir de tout cela, c’est que si on veut éviter le dernier tampon de la carte, la cocotte-minute qui explose ou la coupe qui déborde (vous pouvez prendre l’image qui vous parle le plus), il est important de s’écouter.

Si on réussit à exprimer sur l’instant l’émotion (la colère souvent dans ce cas, mais la carte de fidélité peut aussi marcher avec d’autres émotions qu’on ne s’autorise pas), on évite de tamponner la carte. Et souvent on peut réussir à exprimer notre colère de manière saine, et du coup sans blesser quelqu’un au passage.

Si c’est encore compliqué pour vous d’exprimer la colère de la bonne façon, ou que – comme moi encore très souvent – vous ne vous l’autorisez tout simplement pas, on peut quand même éviter le débordement.
On prend conscience que la pression commence à monter, que la patience se fait plus rare ? Alors avant que ça explose sur nos enfants, on trouve le moyen qui nous convient pour faire redescendre tout ça.

Mes favoris :
– Hurler quand je suis toute seule dans la voiture
– Danser n’importe comment avec mes filles en mettant la musique à fond
– Me prendre 1h tranquille pour de la lecture plaisir
– Aller marcher dans la nature

A vous de trouver les choses qui fonctionnent pour vous.
(L’atelier « Stop aux crises » vous accompagne pour apprendre à mieux gérer l’accumulation de stress qu’on retrouve typiquement dans ce genre de situation)

La bienveillance commence par soi

Cette notion pourtant primordiale est bien souvent oublié par les détracteurs de l’éducation non-violente. Encore récemment dans le dossier à charge de libération on retrouvait cette idée que pour être bienveillant, le parent devait s’oublier totalement.

Or c’est une idée totalement erronée, et démentie dans les ouvrages des spécialistes (« Il n’y a pas de parent parfait », d’Isabelle Filliozat pour ne citer qu’elle).
Ils insistent bien au contraire sur le fait qu’on ne peut être bienveillant avec ses enfants, qui si on l’est d’abord avec soi-même.
C’est ce que j’illustre un peu plus haut, en ne prenant pas en compte ses propres besoins, on finit par arriver au point de non-retour, et par perdre toute patience et toute bienveillance avec notre entourage.

Ceux qui en pâtissent en premier sont nos enfants, car il est simple et facile de décharger notre trop plein sur eux.
Les enfants vont même souvent chercher à nous faire relâcher la pression. Ils ne le font pas consciemment, mais sentant que nous sommes au bord de l’explosion, qu’il y a de l’électricité dans l’air, leur comportement va se mettre au diapason afin de nous permettre justement de relâcher la pression. Le soucis étant que cela se fait le plus souvent à leur dépend.

Changeons de carte

Et si on devenait plutôt fidèle à nos émotions ? Si on tentait d’exprimer clairement et sans violence ce que l’on ressent, ce qui nous frustre, nous agace, nous manque ?

Soyons fidèle à nous-même, pour ne plus atteindre ce point de non-retour. Nous avons tout à y gagner. Des relations plus saines, plus vraies. Une meilleure prise en compte de nos besoins, moins de frustration…

Et aussi, une meilleure connaissance de nous-même.

On peut commencer à se le dire à soi-même, si on a peur malgré tout d’ennuyer les autres, si ça nous semble ridicule. Puis chercher comment on pourrait apporter une solution à ce qui cause notre agacement. Parfois nous pourrons apporter nous-même une solution à ce qui nous pose problème, d’autre fois nous pourrons au moins formuler une demande claire à notre entourage, sans y ajouter les reproches qui viennent de notre frustration, et qui n’appartiennent qu’à nous au fond.

Alors, qui commence cette nouvelle carte avec moi ?

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